En septembre 2026, le quotidien « Le Courrier de l’Ouest » m’a sollicité pour un entretien autour de la photographie du patrimoine.
Cet entretien se trouve dans le supplément « Journées du patrimoine » 2026.
Rédaction: Tifenn THEBAUD
Photos: Josselin CLAIR
« Les vieilles pierres attirent mon regard » :
ce photographe a flashé sur le passé et le patrimoine
La photographie, qui fête son bicentenaire cette année, est l’un des deux thèmes à l’honneur des Journées européennes du patrimoine 2026. Rencontre avec un photographe amoureux des vieilles pierres installé sur les bords de Loire, à Ingrandes (Maine-et-Loire).
Il a longtemps vécu au bord de la mer. D’abord six ans à Saint-Nazaire, après ses études aux Beaux-Arts, à Angers, puis sept ans aux Sables-d’Olonne, dans les années 2000. Depuis 2018, Benoît Gendron a retrouvé le clapotis de l’eau. Il a rejoint sa compagne à Ingrandes-sur-Loire, à l’extrême ouest du Maine-et-Loire. Le couple vit dans une maison atelier sur deux niveaux, face à l’église, juste au-dessus du bistrot « La Route du sel ». À quelques pas des quais de Loire. Là où il aime promener son objectif et son trépied. Là où il a participé au tournage du film « L’inconnue » avec Léa Seydoux et Niels Schneider pendant deux jours, en mai 2025. J’étais le photographe dans la scène du mariage.
Ça ne s’invente pas.
Quand il ne joue pas les figurants, ce jeune quinquagénaire – Je suis plus vieux que je n’en ai l’air
, plaisante-t-il – est lui aussi photographe. De métier. J’ai commencé par animer des ateliers photo et vidéo auprès des jeunes à Saint-Nazaire après mes études.
Il s’est ensuite formé dans un atelier photo à Rennes. La Ville et les musées de Vitré ont été ses premiers clients. C’est là que j’ai pris goût à la photographie des vieilles pierres.
Après l’Ille-et-Vilaine, il y a eu la Vendée. Ses abbayes, ses châteaux, son Haras national à La Roche-sur-Yon, son château de Tiffauges… J’ai beaucoup travaillé sur le patrimoine pour le Conseil général, tout en développant le côté industriel que j’aime aussi.
« À l’époque de mes grands-parents, il y avait même un wagonnet »
Depuis vingt ans, ce natif de la Mayenne s’attache à mettre en valeur le patrimoine
. Début septembre, il a photographié un château à côté de Candé, pour une agence de location immobilière basée à Londres. Les grandes chambres de 40 m2, les tomettes, les tentures, le parquet qui grince… Je suis très à l’aise pour composer ces images-là, en déplaçant les meubles, en ajustant les lignes.
Pour les réaliser, il sort rarement sans son trépied. En intérieur, c’est vite sous-exposé. J’ajoute de la lumière pour déboucher les ombres, j’installe l’objectif sur un trépied pour travailler des poses longues d’une, deux ou trois secondes qui permettent de faire entrer un maximum de lumière, sans risque de flou.
Et pour les prises de vues en extérieur, Benoît Gendron s’attache à ramener de la matière
en jouant avec les arbres, ou le petit étang s’il y en a un.
Il y a quelques années, il a profité des Journées du patrimoine pour retourner voir la maison dans laquelle habitait sa grand-mère, un petit manoir à côté de Miré, dans l’Anjou bleu. J’y venais quand j’étais enfant. C’était une ferme avec des hangars qui y avaient été greffés de manière un peu anarchique au fil des décennies. À l’époque de mes arrière-grands-parents, il y avait même un wagonnet sur une centaine de mètres de rails, pour apporter le foin, la paille et la nourriture aux animaux.
Racheté en 1987 par Hubert Chenut qui l’a patiemment restauré, le Manoir de Margot ouvre ses portes à l’occasion des Journées du patrimoine cette année encore, pour une visite commentée des jardins.
Ce week-end, Benoît Gendron jouera les touristes à domicile, au bout de sa rue. Au naturel, en jean et en baskets. Ça fait huit ans que je suis à Ingrandes, je n’ai toujours pas visité le château de la Verrerie
, appelé aussi le château Grandin. Cette ancienne verrerie royale, établie au XVIIIe siècle sur l’emplacement du grand cimetière d’Ingrandes, était destinée à fabriquer des bouteilles et autres ouvrages en verre. Racheté par un couple il y a quelques années, le domaine a conservé sa façade, surmontée de l’inscription « Société anonyme des Caves de la Bouvraie » gravée dans le tuffeau. Une exposition, qui retrace l’évolution « de la Verrerie royale aux caves Grandin – histoire du site entre 1348 et 2024 », sera visible cette année dans le grand salon du château de la Verrerie, au 269, rue du Cimetière.
Vieilles maisons, manoirs, châteaux… Même quand je ne travaille pas, dès que je vois une église, il faut que je rentre dedans, pour regarder son architecture
, avoue le Ligérien. À Ingrandes, il a entrepris de tout photographier, en deux temps. En 2017, avant de m’installer ici, je venais me promener le week-end. Je me suis arrêté sur des choses qui me parlaient, des quartiers, des maisons, des vieux ponts
, explique-t-il en sortant quelques grands tirages issus de ce relevé topographique très personnel. Il a repris sa série en 2024, des images qu’il n’a pas encore montrées. Comme tous les photographes sans doute, je suis attiré par les ruines. Je ne suis pas fan d’urbex mais les vieux cailloux attirent toujours mon regard.
Par la fenêtre de son salon, Benoît Gendron dispose d’une vue sur l’église du village. Pas l’ancienne, bâtie en 1856 à 500 mètres de là, dans l’ancienne commune désormais rattachée du Fresne-sur-Loire. Lui vit au pied de la nouvelle, reconstruite en béton et granit entre 1954 et 1956 par l’architecte Frédéric Le Sénéchal, sur l’emplacement de celle détruite par les bombardements en juillet 1944. Labellisée « Architecture contemporaine remarquable », elle abrite des vitraux modernes de l’atelier de Gabriel Loire, un maître verrier né à Pouancé.
L’ancien est pourtant bien présent dans le salon du photographe, à l’abri d’un petit meuble dédié à sa collection de clichés du XIXe siècle. À l’intérieur, des images de Vitré, beaucoup, mais aussi une de Fontevraud avec les gisants dans le cloître, datant de 1861 et signée Joseph Toussaint Le Roch. Ou une autre du pont de Saumur datant de 1850, peut-être 1870
. Je ne saurais pas dire ce qui m’a attiré vers l’architecture et le patrimoine. Je prends plaisir à faire ça, c’est tout.
Rédaction: Tifenn THEBAUD
Photos: Josselin CLAIR